Retour aux actualités

"Si on a pas les moyens, il faut les trouver" : faire face aux changements climatiques dans les établissements

À l'ESAT CATIC, une salle de repos climatisée propose désormais des transats pour pouvoir récupérer des nuits chaudes.

Depuis plusieurs semaines à Toulouse, les journées sont chaudes, dépassant les 35°C quotidiennement avec des nuits qui n’offrent que peu de répit. Si les ateliers et bureaux de l’ESAT sont climatisés, l’activité se déploie sur des chantiers extérieurs où les travailleurs sont parfois directement exposés.

La violence de cet été 2026 pousse à reconsidérer les habitudes et à s’adapter continuellement en construisant sur des bases solides. Jean-François Brieugne, directeur de l’ESAT CATIC nous fait part des mesures qui ont été prises pour préserver la santé des équipes. Un pas vers une nouvelle normalité qui entrevoit des événements climatiques extrêmes de plus en plus intenses et fréquents.

Partir de bases solides, s’appuyer sur le cadre légal

À la fin du mois de juin, avec l’annonce d’une alerte rouge canicule, un plan bleu s’est immédiatement mise en place à l’ESAT CATIC. Regroupant une cellule de crise pour pouvoir répondre aux exigences de la légalité dans un premier temps, Jean-François Brieugne évoque un cadre relativement flou du code du travail, surtout au niveau des seuils de températures. Selon lui, il s’agit cependant de se saisir de ce cadre et d’y associer la liberté d’action pour formuler de vraies réponses aux problématiques.

Les solutions proposées par la cellule de réflexion ont reposé sur des bases solides issues de décisions prises à la construction même de l’établissement. En 2019, le choix avait été fait de climatiser la majorité des ateliers et des bureaux, avec des systèmes reposant à 80% sur de l’énergie solaire et maintenus régulièrement pour assurer leur performance. Une décision qui permet d’adapter les réponses sans partir de zéro. Selon Jean-François, l’anticipation constituera ainsi la clé de l’adaptation aux prochains épisodes climatiques :

On ne peut plus croire que ça ne nous touchera pas. On ne peut pas attendre les préconisations, il faut anticiper les événements.

Jean-François Brieugne
Directer de l'ESAT CATIC

Co-construire des réponses adaptées et flexibles

L’observation faite et les échanges avec les équipes ont amené à questionner les conditions de repos de chacun. Au-delà des mesures prises au travail (distribution de crème solaire, de chapeaux, de t-shirts, de gourdes isothermes…), que se passe-t-il quand on rentre chez soi ? Si certains ont accès à un environnement climatisé ou des points d’eau pour se rafraîchir, d’autres ne possèdent parfois pas de ventilateur.

Une étude des conditions de vie est alors lancée à l’ESAT pour pouvoir proposer d’une part des communications ciblées, et pour déterminer les risques psycho-sociaux issus d’une fatigue accumulée au fil d’insomnies, dans un environnement qui ne permet pas de se rafraîchir ni de se reposer. Sur une base volontaire, 100 % des travailleurs ont accepté de participer à cette étude des conditions de vie, révélant que 62% d’entre eux bénéficient de solutions de rafraichissements pendant que 38% ne retrouvent ni climatisation ni ventilateur à leur retour du chantier. Une fatigue qui augmente sensiblement les risques d’accident du travail sur les chantiers ainsi que des formes de détresse psychologique, chez des publics qui parfois connaissent déjà des troubles psychiques.

« La grande cause du secteur médico-social devrait être le sommeil »

En partant des résultats de l’étude des conditions de vie et en échangeant entre cellule de réponse et le CVS, la distribution de matériel, les communications plus ciblées et des mesures favorisant le repos ont été mis en place. Concrètement, une dizaine de transats a été acquise et déployée dans une salle climatisée pour permettre des temps de repos au besoin. Cette mesure fait une réelle différence pour les équipes qui travaillent dehors.

D’un point de vue logistique, la question des horaires d’été qui impliquaient de travailler une heure plus tôt a été reconsidérée. Cet abandon s’appuie concrètement sur la considération des temps de repos au domicile et la cohérence des mesures. Si l’on arrive enfin à dormir en matinée, un horaire d’été empêche la mince opportunité de récupération. Par ailleurs, des horaires d’été qui s’étendent entre deux dates arbitraires ne prennent pas en compte la réalité climatique d’une saison estivale qui a commencé très tôt et qui risque de se prolonger au delà de la fin du mois d’août.

Quand on a pas dormi de la nuit, commencer une heure plus tôt, alors qu'il ne fera pas forcément moins chaud, ça n'a pas de sens. Les dispositifs rigides comme les horaires d'été sont à abandonner au profit de solutions flexibles, qui s'adaptent.

Jean-François Brieugne
Directeur de l'ESAT CATIC

Aller plus loin, trouver des sources d’inspiration ailleurs

L’initiative présentée ici dit plusieurs choses. La première est que les conditions de travail ne s’arrêtent pas au travail et que la connaissance des situations individuelles permet de répondre précisément aux souffrances liées au travail et au climat. L’année prochaine, si la demande est faite par le CVS, un stock de ventilateurs pourrait être ajouté au budget de l’établissement et être prêté aux travailleurs lors des périodes de fortes chaleurs.

Pour connaître ces conditions, il est essentiel de donner la parole, de proposer et contre proposer, de « mettre à l’épreuve les fausses bonnes idées » comme le formule bien Jean-François Brieugne. Les instances de collaboration sont un moteur essentiel d’innovations qui ont du sens et qui répondent à des besoins précis.

Finalement, l’anticipation et le dépassement des préconisations ont été évoqués et à celles-ci s’ajoute la nécessité de s’inspirer d’autres territoires. Les outre-mer qui connaissent depuis plus longtemps des climats chauds et les opportunités de coopération interterritoriales au sein de l’ALEFPA offrent la possibilité de tester, d’apprendre et de retenir ce qui fonctionne ici et là.

Établissement(s) associé(s)

Médico-social

ESAT CATIC

TOULOUSE (Occitanie)

Les situations de handicap